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LES DERNIERS JOURS DU SEQUANA-

 

 Le Sequana quitte Dakar le 28 mai 1917 à 20 h.40 pour Bordeaux, avec à son bord 400 tirailleurs sénégalais et 166 passagers civils et militaires, comprenant 36 femmes et 31 enfants. Le personnel de bord est composé de 99 officiers et marins et son commandement est assuré par le Lieutenant de Vaisseau E. PRUDENTI. Ce qui fait en tout : 665 personnes à bord. La veille, les dockers de Dakar ont chargé dans ses cales 2000 tonnes de blé, 830 balles de peaux de laine, 26000 sacs de haricots, 14000 sacs de sucre, 15000 sacs de café et 4000 balles de tabac. Les ordres de route sont communiqués au commandant 1 heure avant le départ : “ Passer à une distance d’au moins 200 milles du cap Finistère, couper le parallèle 46°45’N dans l’ouest du 11 ème méridien de Greenwich, faire route ensuite de manière à passer à 1 mille et demi dans le SW de l’Ile d’Yeu, puis faire route sur la bouée d’observation située à 8 milles à l’ouest du phare des Baleines.”  Le 7 juin, alors que le Sequana fait route vers le sud de l’île d’Yeu, le télégraphiste Barreau capte dans la matinée les S.O.S émis par le vapeur Niagara en train de sombrer. Deux heures durant, il appellera à l’aide sans succès. Le 9 juin, le patrouilleur Sauterelle ne recueillera que 3 survivants à son bord.

Il est 3 heures du matin, le 8 juin, la mer est calme et le halo de la lune est légèrement atténué par les nuages. Le Sequana se trouve à 5 milles au sud de la Pointe des Corbeaux et fait route à une vitesse de 11 nœuds au S.SE. lorsque soudain, l’enfer se déchaîne. Une violente explosion déchire le sommeil des passagers endormis. La torpille vient de frapper le vapeur à tribord, au niveau de la cloison séparant la chaufferie de la soute à charbon avant, tuant sur le coup les chauffeurs LAYAS et COLAS, le cambusier ESCOURE et un soutier sénégalais. Sous la violence du choc, le commandant pense que son bâtiment va sombrer très rapidement, il donne l’ordre de faire stopper les machines et siffle l’ordre d’évacuation. Cependant, dans les premières minutes, l’assiette du navire ne semble pas évoluer et Prudenti espère encore échouer le Sequana. Mais l’eau envahit très vite la chaufferie et la salle des machines est submergée malgré les cloisons étanches dont le navire est équipé. À bord, les canonniers ouvrent le feu à trois reprises dans la direction supposée du sous-marin sans aucun résultat. Pendant ce temps, les officiers et gradés du  détachement indigène s’efforcent de faire comprendre aux tirailleurs qu’il faut prendre place sur les radeaux de sauvetage. Seulement, un grand nombre de ces soldats ne parle pas un mot de français ; beaucoup parlaient un dialecte : le Mossi. Totalement perdus, certains montent dans la mâture, d’autres cherchent à entrer dans leurs cabines, mais nombre d’entre eux demeure prostré dans les coursives. Serrés les uns contre les autres, ils restent là jusqu’au dernier moment ; 198 tirailleurs trouvent la mort durant le naufrage. Le Sequana coule à 3 h 30, en chavirant sur bâbord, soit 30 minutes après avoir été foudroyé par la torpille. Le sous-marin fait surface 10 minutes après s’être assuré qu’il n’y a plus aucun danger, pour constater sa victoire. Comme il est de coutume, il arraisonne le canot n°3. Le commandant interroge Octave Baudon, officier de quart afin qu’il lui remette le nom du navire, sa jauge nette, et le nombre de passagers. L’évacuation s’est déroulée dans un calme relatif ; de nombreux passagers sont recueillis par deux navires de pêche venant de l’île d’Yeu, les autres accostent sur la plage des Vieilles. On dénombrera 207 disparus : 198 tirailleurs sénégalais, 6 membres d’équipage et 3 passagers. L’arrivée des tirailleurs sur l’île d’Yeu suscite l’intérêt de toute la population ogienne à tel point que toute l’activité de l’île est suspendue pendant 24 heures. En effet, pour la première fois dans toute l’histoire de l’île, les islais découvrent les Africains. Le quartier-maître Boubakili a été retrouvé par un ilien, Léon Rousseau, à Toulon en 1940. (Léon Rousseau - Ker Doucet - Yeu).

Cette épave a été identifiée par un Ogien (Ile d’Yeu), Jean AUDOIN ; elle fut pour lui le début d’une passion pour l’histoire maritime sur les épaves de Vendée. Malheureusement, elle sera aussi le lieu d’un accident de plongée qui entraînera son décès en 2007.